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La France mise sur trois paris quantiques : Pasqal, C12 et Quandela face au défi du financement

La France mise sur trois paris quantiques : Pasqal, C12 et Quandela face au défi du financement

La France mise sur trois paris quantiques : Pasqal, C12 et Quandela face au défi du financement

A Palaiseau, à Massy et à Paris, trois jeunes entreprises tracent des routes différentes vers le même objectif : l’ordinateur quantique universel et tolérant aux pannes. Pasqal travaille sur les atomes neutres, C12 sur les qubits de spin dans des nanotubes de carbone, Quandela sur le calcul photonique. Au 29 octobre 2026, cette diversité est devenue la signature de la filière française, et elle raconte une histoire plus large que la science : celle d’un pays qui veut garder la main sur une technologie jugée stratégique, sans dépendre d’un seul pari.

Une stratégie nationale qui refuse de choisir une seule technologie

Le paysage français du quantique se distingue par une option rare en Europe : ne pas miser sur une seule architecture. Aucune approche n’a encore prouvé qu’elle dominera durablement les autres sur tous les critères à la fois : correction d’erreurs, montée en échelle, stabilité des qubits, coût industriel ou intégration logicielle. Aligner plusieurs approches réduit le risque de dépendre d’un seul pari scientifique au moment où le marché n’a pas encore tranché.

Cette orientation a été soutenue par la stratégie nationale quantique, dotée de 1,8 milliard d’euros, dont 1,5 milliard de fonds publics. Selon le gouvernement, les startups et PME françaises de la filière représenteraient 20 % des parts de marché mondial. Un rapport de la Cour des comptes publié durant l’été 2026 a jugé que cette stratégie avait permis de consolider les atouts scientifiques du pays et de faire émerger un tissu industriel prometteur. Le message de la Cour des comptes est toutefois double : l’impulsion publique ne suffira pas, et les entreprises doivent désormais attirer davantage de capitaux privés.

PROQCIMA fixe un cap : deux prototypes de 1 000 qubits logiques d’ici 2032

La sélection de Pasqal, C12 et Quandela dans le programme PROQCIMA, aux côtés de Quobly et d’Alice & Bob, donne une lecture claire de la priorité publique. Ce programme du ministère des Armées vise deux prototypes opérationnels d’ordinateurs quantiques universels de 1 000 qubits logiques d’ici 2032. Le mot important est ici « logiques » : il ne s’agit pas seulement d’empiler des qubits physiques, mais de viser des systèmes capables de corriger leurs erreurs, condition nécessaire pour une machine réellement exploitable à grande échelle.

Un qubit logique est une unité de calcul protégée contre les erreurs grâce à la coordination de plusieurs qubits physiques. Fanny Bouton, Quantum Lead chez OVHcloud et cofondatrice de France Quantum, résume la tension : après les séries A et B, les champions nationaux doivent passer un seuil beaucoup plus élevé, des séries C et D de l’ordre de 300 millions d’euros, et la fenêtre de tir serait de deux ans.

Pasqal au Nasdaq, C12 et Quandela en ordre de marche

L’événement le plus visible de l’année 2026 pour le quantique français reste l’entrée de Pasqal sur les marchés américains. Le 28 août 2026, la société a fusionné avec Bleichroeder Acquisition Corp. II et a été cotée au Nasdaq sous le ticker PSQL. L’opération a valorisé l’entreprise à environ deux milliards de dollars et lui a apporté environ 360 millions de dollars de trésorerie. Fondée en 2019 par Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022, et d’autres chercheurs de l’Institut d’optique de Paris-Saclay, Pasqal mise sur des atomes neutres piégés par des faisceaux laser, avec sept machines quantiques en fonctionnement sur plusieurs continents. Alain Aspect a assuré au Figaro que l’entreprise « restera un champion du quantique français », mais la cotation met aussi en lumière une fragilité européenne : la difficulté à mobiliser, à domicile, des tickets comparables.

C12, cofondée par Pierre et Mathieu Desjardins, développe des processeurs fondés sur des qubits de spin sur nanotube de carbone. La société parisienne emploie 90 collaborateurs, a levé 25 millions d’euros, et a présenté en avril 2026 une feuille de route en quatre générations, d’Aïdès en 2027 à Panopeia en 2033. Côté clients, elle indique travailler avec Air Liquide sur la simulation de réactions chimiques, avec Thales sur la prochaine génération de radars et avec Dassault Aviation sur le comportement des véhicules aérospatiaux. Quandela, créée en 2017 à Massy, a levé 65 millions d’euros, emploie 150 collaborateurs et mise sur le calcul photonique à température ambiante, avec une approche hybride associant photons et spins. Elle a déployé Lucy, un ordinateur de 12 qubits, au CEA voisin, accompagne Orange sur la détection des menaces cyber et travaille avec Safran Tech sur les futurs moteurs d’avion.

Des revenus existent déjà, mais la phase d’apprentissage continue

Le quantique reste un pari de long terme, mais les trois acteurs mettent désormais en avant des premiers clients générant des revenus récurrents. Pasqal cite parmi ses références EDF, Crédit Agricole, CMA CGM et BMW. Le modèle appelé Quantum Computing as a Service, ou QCaaS, facilite cette première adoption : les entreprises peuvent expérimenter en payant à l’usage, sans immobiliser des budgets lourds dans des infrastructures propres. OVHcloud figure d’ailleurs parmi les rares groupes privés à avoir acheté un ordinateur quantique français.

Les contrats actuels ne signifient pas que le quantique remplace déjà les architectures classiques dans les processus critiques. Les entreprises achètent surtout des capacités d’expérimentation, de co-développement d’algorithmes, de montée en compétence et d’évaluation de cas d’usage. La monétisation existe, mais elle reste associée à une phase d’apprentissage industriel. C’est là que se joue la suite : transformer des démonstrateurs convaincants en offres industrielles, lever les séries C et D évoquées par Fanny Bouton, et prouver que la diversité technologique française est un atout durable plutôt qu’une dispersion.

Frequently Asked Questions

Qu’est-ce qui distingue Pasqal, C12 et Quandela ?

Pasqal mise sur les atomes neutres piégés par laser, C12 sur les qubits de spin dans des nanotubes de carbone, et Quandela sur le calcul photonique à température ambiante. Ces trois approches visent le même objectif, un ordinateur quantique universel et tolérant aux pannes, mais avec des arbitrages industriels très différents.

Qu’est-ce qu’un qubit logique, et pourquoi compte-t-il plus qu’un qubit physique ?

Un qubit logique est une unité de calcul protégée contre les erreurs grâce à la coordination de plusieurs qubits physiques. Il renseigne mieux qu’un simple comptage de qubits physiques sur la capacité future d’une machine à traiter des cas d’usage robustes et répétables.

Pourquoi le financement privé est-il devenu le défi principal de la filière française ?

La stratégie nationale a apporté 1,8 milliard d’euros, dont 1,5 milliard de fonds publics, mais les champions nationaux doivent désormais lever des séries C et D de l’ordre de 300 millions d’euros. Sans ces capitaux privés, la filière risque de voir son centre de décision s’éloigner, malgré son excellence scientifique.

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