Bleu passe en production : le cloud souverain d’Orange et Capgemini affronte le risque du kill switch américain
Introduction
Pendant des années, la souveraineté numérique française s’est résumée à des discours. Avec Bleu, la joint-venture née en janvier 2024 d’Orange et de Capgemini, le ton change. Le 22 octobre 2026, lors de sa conférence utilisateur, le fournisseur a annoncé que son cloud souverain passe en production, avec des accords de niveau de service et déjà une soixantaine de clients. L’enjeu : faire tourner les technologies Microsoft Azure sur une infrastructure de confiance, conçue dès le départ pour résister à une coupure de ses liens avec Redmond.
Une production qui tourne enfin sur deux datacenters
Bleu s’appuie sur deux datacenters d’une puissance de 20 MW chacun, où 20 000 serveurs ont été déployés. Les sites, situés en Île-de-France et à Rennes, assurent la disponibilité de l’infrastructure, et deux autres centres devraient suivre.
Jean Coumaros, le CEO de la société, insiste sur le changement de statut : « Les premiers services étaient disponibles dès 2025, mais plutôt pour permettre aux clients de lancer des pilotes ou de bâtir leur landing zone. Aujourd’hui, ces services sont prêts pour la production, avec des SLA associés. » Une soixantaine de clients actifs utiliseraient déjà la plateforme : administrations publiques, collectivités territoriales, hôpitaux et entreprises de secteurs sensibles.
L’anti kill switch, l’argument qui change tout
Sur le plan de la sécurité, Bleu a mis en place un SOC dédié pour contrer tout accès indésirable. Mais le point le plus commenté de la conférence concerne la continuité d’activité en cas de rupture totale avec Microsoft. Depuis les sanctions américaines contre la CPI, l’idée qu’un fournisseur américain puisse être contraint de couper ses mises à jour n’est plus un scénario abstrait. Comme l’a rappelé la presse spécialisée, Bleu comme S3NS, la joint-venture liée à Google Cloud, pourraient se retrouver privés des correctifs de sécurité indispensables à leurs plateformes.
Pape Ndao, directeur technologies et services de Bleu, a voulu clore le débat : « Ce cas est hautement improbable [mais] ce scénario a été prévu dès le départ de Bleu. Notre Cloud est prévu pour fonctionner en autarcie. C’est prévu techniquement, opérationnellement et juridiquement, ce qui permet de continuer à fournir ses services et d’éviter toute rupture opérationnelle. » En cas de coupure prolongée, Bleu s’appuierait aussi sur une annonce récente : un partenariat d’assistance mutuelle avec Delos Cloud, son alter ego allemand, pour développer ensemble les correctifs de sécurité en cas de coupure totale avec Microsoft.
Une course aux certifications pour les données les plus sensibles
La crédibilité d’un cloud souverain se joue autant dans les audits que dans les serveurs. En vue de sa certification SecNumCloud, Bleu a mis en place une politique d’analyse des risques conforme à EBIOS RM, la méthodologie poussée par l’ANSSI. La société a déjà décroché sa certification ISO 27001, puis le label HDS, pour l’hébergement de données de santé, en juillet 2026. Les audits PASSI, nécessaires au SecNumCloud, ont été passés entre avril et septembre 2026.
Dès le départ, Bleu a été construit en respectant les exigences de SecNumCloud 3.2, qui intègre la protection contre les droits extraterritoriaux. Bleu vise même plus haut que cette certification, car certains de ses clients sont soumis aux exigences de la programmation militaire ou à l’instruction interministérielle 901 pour le secteur de la défense.
Un catalogue qui passe de la centaine de services au catalogue complet
Au-delà du matériel, ce sont les services IaaS, PaaS, CaaS et SaaS qui feront le succès du challenger français. Actuellement, une centaine de services sont ouverts, dont une soixantaine en disponibilité générale. Le reste passera en GA en novembre et en décembre. Ces services natifs sont enrichis par une cinquantaine de services tiers fournis par des partenaires.
Dans cette première centaine, on retrouve les briques clés d’Azure. Côté infrastructure, les services réseau, stockage et gestion sont bien présents. Côté calcul, on trouve les instances et les services Kubernetes AKS. Côté sécurité, Entra figure au catalogue, même si tous les services Defender ne sont pas encore actifs et que Sentinel, le SIEM de Microsoft, n’a pas encore été porté. Côté data, Bleu propose les services Fabric, notamment OneLake, Power BI et Purview. Microsoft 365 occupe le cœur de l’offre collaborative.
La feuille de route 2027 inclut déjà l’arrivée de GPU pour porter des IA génératives, ainsi que le support des postes de travail virtualisés avec Azure Virtual Desktop, une fonction très demandée par les premiers clients. Bleu va étendre sa couverture de la gamme Defender en intégrant la protection Office, et Sentinel devrait être déployé au premier semestre 2027. Côté IA, Bleu proposera Microsoft Foundry pour supporter de multiples modèles de langage. Le grand absent reste Microsoft Copilot : les ingénieurs travaillent sur son intégration, sans donner de date.
Séduire les éditeurs français pour créer un écosystème
Bleu veut aussi attirer les éditeurs tiers. La liste compte déjà plusieurs solutions françaises : Powell, Jint, Noota, Sinequa, Jalios ou encore Alcatel-Lucent. Côté infrastructure, Keepit, Veeam et Commvault ont répondu présents, de même que Teradata, Amiral Technology et surtout Snowflake côté data. La sécurité n’est pas oubliée avec TrustBuilder, intégré à la demande d’un client, ainsi que HarfangLab et Palo Alto Networks.
Du côté des solutions métiers, Neocase Software pour les RH, Open Health pour la santé, Conex pour la digitalisation des processus et Itesoft pour les procédures douanières : une cinquantaine de solutions tierces sont déjà annoncées. Le logiciel S/4HANA de SAP, visible sur scène, n’est pas encore officiellement disponible.
Frequently Asked Questions
Qu’est-ce que Bleu exactement ?
Bleu est un fournisseur de cloud souverain créé en janvier 2024 par Orange et Capgemini. Il commercialise en France les services de Microsoft Azure sur une infrastructure de confiance : deux datacenters de 20 MW en Île-de-France et à Rennes, avec 20 000 serveurs. En octobre 2026, il passe en production avec une centaine de services et vise la certification SecNumCloud.
Pourquoi parle-t-on d’anti kill switch pour Bleu ?
Depuis les sanctions américaines contre la CPI, on sait qu’un fournisseur américain pourrait théoriquement couper ses mises à jour. Bleu a été conçu dès le départ pour fonctionner en autarcie : le cloud continuerait de tourner même en cas de rupture totale avec Microsoft. Un partenariat avec Delos Cloud en Allemagne prévoit le développement commun de correctifs de sécurité.
Qui utilise déjà Bleu et pour quelles données ?
Bleu revendique une soixantaine de clients actifs : administrations publiques, collectivités territoriales, hôpitaux et entreprises de secteurs sensibles. La société a obtenu le label HDS en juillet 2026 pour l’hébergement de données de santé, et vise des clients soumis aux exigences de la programmation militaire ou à l’instruction interministérielle 901.



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