Alatyr, la start-up française qui veut construire des data centers dans l’espace
Onze salariés, un fondateur venu d’ArianeGroup et une ambition qui semble sortie d’un roman de science-fiction. La start-up française Alatyr veut construire en orbite des data centers dédiés à l’intelligence artificielle générative. Son plan : faire assembler dans l’espace, par un robot, plus de 15 000 mètres carrés de panneaux solaires destinés à alimenter les GPU qui entraînent et exécutent les modèles d’IA. Un défi d’ingénierie et de financement que personne n’a encore tenté, de l’aveu de son fondateur Emeric Lhomme. Le projet a été détaillé ce 23 octobre 2026 par la lettre Café Tech, dans une édition consacrée à la French Tech.
Une équipe de onze personnes face aux géants du spatial
Alatyr n’est pas une énième start-up qui lance des satellites d’observation. L’entreprise, basée en France et dirigée par Emeric Lhomme, un ancien d’ArianeGroup, emploie seulement onze personnes. Pourtant, elle se positionne sur l’un des terrains les plus disputés de la tech mondiale : les infrastructures de calcul pour l’intelligence artificielle.
Le principe est simple à énoncer et vertigineux à réaliser. Au lieu de construire des data centers sur Terre, là où l’électricité se fait rare et chère et où le refroidissement consomme des volumes d’eau considérables, Alatyr veut les installer en orbite. Le projet s’inscrit dans le sillage des annonces de Google ou de SpaceX, qui travaillent eux aussi sur des data centers spatiaux. Mais la start-up française affirme vouloir aller plus loin que ses concurrents.
Un robot pour assembler 15 000 m² de panneaux solaires
C’est là que le projet d’Alatyr se distingue. Plutôt que de lancer depuis la Terre une structure déjà assemblée, ce qui limiterait sa taille au diamètre des coiffes de fusée, la start-up prévoit d’assembler l’infrastructure directement en orbite, à l’aide d’un robot. Objectif affiché : déployer plus de 15 000 mètres carrés de panneaux solaires pour produire l’énergie nécessaire aux GPU chargés d’entraîner ou d’exécuter les modèles d’IA.
« Personne ne l’a encore jamais fait », reconnaît Emeric Lhomme. L’assemblage robotisé en orbite reste en effet un domaine expérimental. Les agences spatiales y travaillent depuis des années, notamment pour construire de grandes antennes ou des télescopes, mais aucune entreprise n’a encore industrialisé le procédé à l’échelle envisagée par Alatyr. Le pari est double : prouver que la technologie fonctionne, puis la rendre économiquement viable.
Pourquoi l’espace attire les data centers
L’idée de mettre les serveurs en orbite n’est pas née d’un caprice. Les data centers terrestres dédiés à l’IA consomment des quantités d’électricité colossales. En France même, les annonces récentes de projets de plusieurs gigawatts ont relancé le débat sur la disponibilité de l’énergie et sur l’acceptabilité locale de ces installations. Dans l’espace, l’énergie solaire est disponible en permanence, sans nuit ni nuage, et le vide spatial offre un refroidissement naturel, sans consommer une goutte d’eau.
Reste une question évidente : comment faire redescendre les résultats des calculs ? Les promoteurs des data centers orbitaux répondent que seules les données transitent, par liaison laser ou radio, tandis que l’énergie et la chaleur restent dans l’espace. Le modèle économique suppose donc des liaisons de communication à très haut débit et une latence acceptable pour les usages visés, c’est-à-dire principalement l’entraînement des modèles, moins sensible aux délais que l’inférence en temps réel.
Un calendrier serré : démonstrateur en 2028, gigawatts ensuite
Alatyr a communiqué un calendrier en trois temps. Si le planning est respecté, l’entreprise prévoit d’assembler un premier démonstrateur, « beaucoup plus petit » que le modèle commercial, d’ici fin 2028. Viendrait ensuite, à l’horizon 2030, une première structure de quelques mégawatts, soit la puissance d’un petit data center terrestre. À terme, Emeric Lhomme envisage de déployer en orbite « des centaines de mégawatts, voire des gigawatts de capacités de calcul ».
Une condition toutefois : parvenir à rivaliser avec les infrastructures terrestres sur les coûts. Le fondateur mise pour cela sur deux leviers : l’industrialisation de la chaîne d’approvisionnement et la baisse continue du prix des lancements spatiaux, portée par les fusées réutilisables. C’est sur ce point que le projet sera jugé. Un data center orbital qui coûterait dix fois plus cher que son équivalent au sol resterait une curiosité d’ingénieur, aussi spectaculaire soit-elle.
Financement et concurrence : les vraies inconnues
« Un défi d’ingénierie, mais aussi de financement », résume Emeric Lhomme. La start-up n’a pas détaillé publiquement le montant des fonds déjà levés ni celui qu’elle cherche à réunir. Or l’histoire du New Space regorge de projets brillants restés au sol faute de capitaux suffisants. Convaincre des investisseurs de financer une infrastructure qui n’existe nulle part ailleurs demandera des preuves tangibles, à commencer par le démonstrateur de 2028.
La concurrence, elle, ne va pas attendre. Google a dévoilé ses propres ambitions de data centers orbitaux et SpaceX explore la même piste, avec des moyens financiers sans commune mesure avec ceux d’une jeune pousse de onze salariés. D’autres acteurs, américains et européens, se positionnent également sur le calcul spatial. Dans cette course, l’avantage d’Alatyr pourrait venir de sa spécialisation : l’assemblage robotisé en orbite, une brique technologique que même les géants ne maîtrisent pas encore.
Reste que le projet illustre une tendance de fond : la bataille de l’IA se joue désormais autant sur les infrastructures que sur les modèles. Après la course aux GPU et celle aux gigawatts terrestres, l’espace devient le nouveau terrain d’expansion. Qu’Alatyr réussisse ou non, sa trajectoire sera scrutée : elle dira si une start-up européenne peut encore rêver grand face aux géants américains.
Frequently Asked Questions
Qu’est-ce qu’Alatyr ?
Alatyr est une start-up française de onze salariés, fondée et dirigée par Emeric Lhomme, un ancien d’ArianeGroup. Elle développe un projet de data centers installés en orbite pour alimenter l’intelligence artificielle générative, avec une originalité : l’assemblage en orbite, par un robot, de plus de 15 000 m² de panneaux solaires destinés à produire l’énergie des GPU.
Quand Alatyr prévoit-elle son premier data center spatial ?
Selon le calendrier communiqué par l’entreprise, un premier démonstrateur, volontairement de petite taille, devrait être assemblé en orbite d’ici fin 2028. Une première structure commerciale de quelques mégawatts suivrait à l’horizon 2030, avant un passage à l’échelle vers des centaines de mégawatts, voire des gigawatts de capacité de calcul.
Pourquoi construire des data centers dans l’espace ?
Les data centers d’IA consomment énormément d’électricité et d’eau pour le refroidissement. En orbite, l’énergie solaire est disponible en permanence et le vide spatial dissipe naturellement la chaleur. Le défi consiste à rendre ces infrastructures compétitives face aux data centers terrestres, grâce à l’industrialisation de la chaîne d’approvisionnement et à la baisse du coût des lancements.



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