Capgemini pilote un consortium européen pour évaluer les risques cyber des modèles d’IA les plus puissants
Paris, 5 novembre 2026. Capgemini vient d’être choisi par la Commission européenne pour piloter un consortium chargé d’évaluer les risques cyber des modèles d’intelligence artificielle les plus avancés. L’annonce, publiée ce jeudi, place le groupe français au coeur du dispositif européen de contrôle de l’IA. Sa mission : aider le Bureau européen de l’IA à comprendre, mesurer et limiter les risques que les modèles d’IA généralistes peuvent faire peser sur la cybersécurité, dans le cadre du règlement européen sur l’IA, l’AI Act.
Il ne s’agit pas d’un simple contrat de conseil. Le consortium va contribuer à construire les outils et les méthodes qui serviront à juger si un modèle d’IA puissant est sûr à déployer en Europe. Une mission qui touche directement à la question la plus sensible du moment : que se passe-t-il quand une IA devient capable de découvrir des failles, de fabriquer des attaques ou de coordonner des offensives à grande échelle ?
Ce que Capgemini va faire pour Bruxelles
Capgemini a été sélectionné par le Bureau de l’IA de la Commission européenne, installé au sein de la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies, la DG CNECT. La mission s’inscrit dans le programme européen de sécurité de l’IA, l’AI Safety Program, et porte sur la modélisation des menaces cyber et l’évaluation des risques liés aux systèmes d’IA avancés.
Concrètement, le consortium aura quatre chantiers. D’abord, modéliser les risques cyber offensifs émergents, c’est-à-dire imaginer et décrire comment un modèle d’IA pourrait être détourné à des fins d’attaque. Ensuite, développer des outils d’évaluation pour tester ces capacités. Troisièmement, concevoir des méthodologies techniques de conformité, pour que les fournisseurs de modèles sachent ce qu’on attend d’eux. Enfin, réaliser des évaluations techniques à la demande du Bureau de l’IA.
Des risques cyber bien concrets
Le communiqué de Capgemini ne reste pas dans l’abstrait. Il cite trois capacités qui inquiètent les autorités européennes : la découverte automatisée de vulnérabilités, la génération d’exploits et l’orchestration d’attaques cyber à grande échelle. En clair, des modèles capables de repérer seuls les failles d’un logiciel, de fabriquer le code qui les exploite, puis de lancer des attaques coordonnées contre de nombreuses cibles en même temps.
Ces capacités progressent vite. Les modèles les plus récents gagnent en autonomie et en compétences directement utiles en cybersécurité offensive. Pour l’Europe, la question n’est plus de savoir si ces risques existent, mais de savoir comment les mesurer de façon rigoureuse et harmonisée, afin que les technologies soient déployées de manière sûre et responsable sur tout le territoire de l’Union.
Un trio aux compétences complémentaires
Capgemini ne travaille pas seul. Le groupe pilote un consortium qui réunit Wavestone et le LNE, le Laboratoire national de métrologie et d’essais, un établissement public français. Chaque partenaire apporte une compétence différente : la gestion des risques cyber et la sécurité opérationnelle, l’évaluation de l’IA et l’évaluation de conformité.
Ce mélange compte. Évaluer un modèle d’IA ne ressemble pas à un audit informatique classique. Il faut des spécialistes capables de tester le modèle lui-même, de mesurer ses capacités réelles et de traduire ces observations en critères de conformité vérifiables. Le LNE apporte une culture de la mesure et de l’essai qui pèse dans ce type de mission.
Andrea Falleni, directeur général de la région Europe du Sud de Capgemini et membre du conseil exécutif du groupe, a salué la sélection dans le communiqué : “As Europe deploys the world’s first comprehensive AI safety framework, this work with the European Commission reflects our shared commitment to ensuring AI technologies are developed and deployed responsibly. By combining scientific rigor, operational expertise, and experience in operationalizing trusted AI, Capgemini is proud to help strengthen Europe’s digital resilience.”
L’AI Act passe à l’épreuve du réel
L’AI Act est présenté comme le premier cadre complet de sécurité de l’IA au monde. Mais un règlement ne vaut que par sa mise en oeuvre. Pour les modèles d’IA généralistes présentant un risque systémique, le texte prévoit des obligations précises : évaluation des modèles, atténuation des risques, transparence sur les incidents. Encore faut-il savoir comment ces obligations se vérifient en pratique.
C’est là que la mission du consortium prend tout son sens. En concevant des méthodologies d’évaluation et des outils de test, Capgemini, Wavestone et le LNE vont contribuer à transformer des principes réglementaires en procédures concrètes. Le Bureau de l’IA, décrit comme le centre d’expertise de l’IA dans l’Union, pourra s’appuyer sur ces travaux pour ses propres évaluations et pour ses décisions de mise en conformité.
La démarche arrive aussi à un moment où la pression monte. Les modèles les plus puissants sont développés par une poignée d’acteurs, souvent hors d’Europe, et leurs capacités évoluent plus vite que les cadres d’évaluation. L’Europe cherche à garder le rythme, sans freiner l’innovation. Le communiqué insiste d’ailleurs sur cet équilibre : renforcer la capacité européenne à évaluer, surveiller et atténuer les risques, tout en accompagnant le développement et l’usage d’une IA digne de confiance.
Pourquoi cette mission compte pour la France
Pour Capgemini, groupe de plus de 410 000 collaborateurs dans plus de 50 pays, avec un chiffre d’affaires de 22,5 milliards d’euros en 2025, cette sélection est une reconnaissance de son expertise en IA, en cybersécurité et en conformité. Deux des trois membres du consortium sont des acteurs français, et le pilotage est assuré depuis Paris. Les évaluations qui sortiront de ce programme vont influencer la façon dont les modèles d’IA sont testés et autorisés en Europe, et donner aux administrations comme aux entreprises un cadre plus clair pour juger des outils qu’elles utilisent.
Frequently Asked Questions
Qu’est-ce que le Bureau européen de l’IA ?
Le Bureau de l’IA est le centre d’expertise de l’intelligence artificielle au sein de la Commission européenne. Il promeut le développement et le déploiement d’applications d’IA utiles à la société et à l’économie, et il veille à l’application de l’AI Act, notamment pour les modèles d’IA généralistes.
Quels sont les risques cyber associés aux modèles d’IA généralistes ?
Selon le communiqué de Capgemini, les risques concernent surtout les capacités offensives : découverte automatisée de vulnérabilités, génération d’exploits et orchestration d’attaques à grande échelle. Ces capacités pourraient être détournées pour mener des cyberattaques plus rapides et plus difficiles à détecter.
Qui fait partie du consortium piloté par Capgemini ?
Le consortium réunit Capgemini, qui le pilote, Wavestone et le LNE, le Laboratoire national de métrologie et d’essais. Il combine des compétences en gestion des risques cyber, en sécurité opérationnelle, en évaluation de l’IA et en évaluation de conformité.



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